Amour distillé (Emily Dickinson, etc.)
Elle revint dans ce monde
Mais avec un je ne sais quoi de l’autre
Une sorte de compromis, comme si une motte de terre
Épousait une violette
On voyait dans ses yeux
Des étincelles de perle
Qu’elle avait caché jusque-là
Comme si au loin, elle avait découvert un trésor aztèque
Elle marchait d’un pas serein
Portant son avenir en bandoulière
Avec un peu de passé en poussière
Sur le bord de son chapeau incliné
Entre les saisons
Ces talons raisonnaient d’un trottoir à l’autre
Des regards d’offrande la suivaient
Elle préférait les distancer avec soin
Elle distillait son amour
Comme des pétales qui sèchent
Tôt le matin avant que le soleil ne soit trop haut
Et son visage portait un sourire
À la fin, elle retrouvait la terre
La creusait jusqu’à l’infini
Recherchant pour toujours l’inconnu
Ou ce visage en reflet, qu’elle avait observé un jour à côté du sien
L’affaire Krapoutasse
« Un peu de silence, ou je fais évacuer la salle !!! », s’emporte le président du tribunal.
L’ambiance est âpre, tintammaresque.
Le président aime tellement les audiences calmes.
- Maître Alphonse, un commentaire ?
- Non votre honneur, tout ceci est parfait.
- Maître Huysmans ?
- Pareillement.
Le président rêve.
Et le tribunal en fusion rend son rêve cauchemardesque. Il faut dire que le dragon jugé aujourd’hui a effrayé des
foules et des foules de villageois pendant des mois, décimé des familles, et réduit en cendres la moitié du village.
La haine est là, présente sur 98 visages.
Et pour couronner le tout, Krapoutasse le Dragon a choisi Maître Kroz comme avocat. L’immonde Maître Kroz, qui a déjà
innocenté treize sorcière, qui faisaient pourtant tourner des chats, incendier des vivants d’un simple pointement de doigts ou inonder des récoltes sous des litres d’eau impur.
Maître Kroz, ce vieux grigou, qui présente bien, toujours alme et détendu, et qui sait comment enflammer une salle
d’une provocation bien placée. Il vient de l placer : Krapoutasse, le dragon, ne connaissait pas les rites humains, et s’incendier entre dragons est un signe de respect mutuel, voire de
franche camaraderie. Ire de la salle.
Le président Flakousse, à grands coups de marteaux fastidieux, a ramené le calme. Il serre toujours le marteau dans sa
main droite. Ses doigts deviennent pâles à force de l’enserrer.
Et soudain, un voile blanc, puis noir. Tout est calme, tout doux. Le président Flakouss est heureux, il dérive
tranquillement, flotte sur une petite barque.
Dans la salle, toute l’assemblée, le dragon y compris, observe le président vient de s’effondrer d’un coup.
On tâte son pouls. Il n’a plus de pouls…
Attrapeuse de rêves
- Quand j’étais petite, déclara-t-elle, déjà toute petite, je m’en souviens, je voulais, je rêvais, c’était mon
rêve.
- Toute petite, toute petite, ton rêve, tu rêvais. De quoi tu parles ?
- Je te parle de ce qui compte pour moi, de ce que devrait devenir ma vie, guidée par ce rêve.
- Et l’as-tu suivi ce rêve ?
- Je l’ai frôlé, serré dans mes bras, je l’ai laissé s’échapper pour qu’il respire et que je respire. Je l’ai
rattrapé, il m’a brisé, je le croyais envolé. Je l’ai alors abandonné, et un jour, il s’est de nouveau présenté, encore plus beau, encore plus grand. Et pas si loin de moi. Je n’ai eu qu’à faire
quelques pas, même si ces pas ont duré des mois.
- Et une fois qu’on atteint son rêve que fait-on ?
- Tu n’as pas atteint ton rêve, toi ?
- Mmm, j’ai toujours cru que les rêves étaient pour les autres.
- Tu te trompais, une fois, que tu atteins ton rêve, tu te reposes un peu, le sommeil vient, il t’emporte, un nouveau
monde se dessine.
- Et tu te trouves un autre rêve ?
- Parfois oui, parfois non. Moi je ne voulais rêver qu’une fois, mais du début à la fin.
- Je ne vois pas l’intérêt de rêver si à la fin, il y a une fin.
- Moi j’aime bien quand les choses se finissent bien.
Sébastien Peyraud